Secrétariat International Permanent, Droits de l'Homme et gouvernements Locaux Nantes Pays de la Loire, France

Jose Bengoa


anthropologue et historien, vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies (Chili)

Les peuples indigènes face aux Etats

« Les indigènes existent depuis toujours en Amérique latine, et ce, bien avant l’arrivée des Conquistadors. La conscience de leur existence ainsi que leurs revendications se sont transformées au fil des années.

Au XXème siècle, les indigènes se percevaient comme des paysans. Ce moment a correspondu au projet d’ « Etat national et populaire » qui prétendait que sous le concept de peuple, on pouvait regrouper toute la population sans faire de distinction ethnique ou culturelle.

Mais la perception que les indigènes ont d’eux-mêmes se transforme à partir des années 1970 et des années 1980. Ils ont commencé à se mobiliser à cause du manque d’accès à la terre et, à partir des années 1990, ils revendiquent leur caractère de peuple différent. Ils demandent une reconnaissance de leur territoire, de leur culture, de leur ethnicité. Le processus identitaire est en cours.

Ce mouvement d’émergence indigène s’est répandu partout sur le continent comme l’illustre le mouvement zapatiste dans le Chiapas, au Mexique. Aujourd’hui, Evo Morales, président bolivien, est devenu un symbole de ce phénomène. Le processus identitaire est devenu mondial et désormais, les indigènes et leurs représentants (associations, organisations internationales, …)  ont leur place au sein des relations internationales.

Un long chemin reste encore à accomplir. Car si les Etats reconnaissent de plus en plus le droit aux indigènes de pratiquer leur culture, folklore, artisanat, ils les privent encore de leurs droits politiques. Un recul existe même sur la question de l’autogestion par les peuples indigènes des ressources de leur territoire. Cela a même conduit à des situations de violence au Pérou ou au Chili par exemple. »