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Jean-Louis Atanga Amougou : le pluralisme religieux au Cameroun


Jean_Louis_Atanga_Amougou: le pluralisme... par Spidh-Org




     Jean-Louis Atangana Amougou est professeur agrégé de droit de l’Université de Yaoundé II, au Cameroun. Il dirige la recherche au Centre de Droit international et communautaire de cette université. Par ailleurs, il est membre du Comité scientifique du SPIDH.

     Lors du 4ème Forum mondial des droits de l’Homme de Nantes, Jean-Louis Atangana Amougou a participé à des débats sur le pluralisme religieux et la laïcité. Il est plus précisément intervenu sur le droit et la pratique religieuse au Cameroun.

     Malgré des conceptions très divergentes au sujet de la liberté religieuse, les participants à la table ronde ont tous constaté une montée de l’intolérance religieuse dans le monde. Mais le Cameroun, Etat laïc où règne une certaine paix sociale, constitue un cas à part.

     Le Cameroun se distingue par son pluralisme ethnique et religieux. Dans sa Constitution, il affirme qu’il est un Etat laïc. La liberté religieuse a été constitutionnalisée à partir de 1996. Il est à noter qu’elle n’est pas encore effective car le Conseil constitutionnel, garant ce cette liberté, n’a pas encore été institué à ce jour.

     Dans la pratique, Jean-Louis Atangana Amougou constate un déclin des religions dites « classiques » au Cameroun (christianisme, islam,…) au profit de religions moins orthodoxes portées par les fondamentalistes ou les évangélistes. Ainsi, le développement de religions nouvelles est la preuve que la tolérance religieuse existe au Cameroun. Mais cette montée suscite néanmoins des incertitudes car la liberté religieuse est susceptible d’empiéter sur d’autres libertés (comme le respect de l’ordre public).

     Si des incertitudes demeurent, Jean-Louis Atangana Amougou part de l’hypothèse suivante qui est que la paix sociale relative au Cameroun serait liée à l’existence de la liberté religieuse inscrite dans la Constitution du pays.

     La cohabitation harmonieuse qui règne entre les différents cultes au Cameroun est aussi liée au fait qu’il n’y a jamais eu dans le pays de religion traditionnelle dominante. L’islam ou le christianisme sont des religions importées. Pour Jean-Louis Atangana Amougou, l’absence de religion historique facilite le rapport des citoyens à la laïcité. Il retient l’exemple de la France et note que si cet Etat est laïc depuis la loi de séparation de 1905, le subconscient des Français n’en demeure pas moins imprégné de catholicisme (la France était la fille aînée de l’Eglise catholique) et cela rend l’intrusion de nouvelles religions sur le territoire plus problématique. L’Etat français a accompli sa séparation avec l’Eglise mais il ne peut pas réguler les forces profondes qui imprègnent la société.

     Le pluralisme religieux est ainsi une forme de chance pour le Cameroun, conclut Jean-Louis Atangana Amougou.