Adolphe Minkoa She : la citoyenneté multiethnique
Adolphe_Minkoa_She: pour une citoyenneté... par Spidh-Org
Adolphe Minkoa She est professeur et doyen de la faculté des Sciences juridiques et politiques de l’Université de Yaoundé II. Il est également chargé dans cette université de la coopération et des relations avec les entreprises.
Au 4ème Forum Mondial des droits de l’Homme de Nantes, Adolphe Minokoa She a proposé une réflexion sur le thème de la construction de la citoyenneté dans les pays à forte dimension ethnique à travers le cas du Cameroun. Il a plaidé pour une reconnaissance d’une nouvelle forme de citoyenneté de type multiethnique.
La diversité ethnique est une caractéristique sociologique de nombreux Etats africains. On ne recense pas moins de 240 ethnies au Cameroun. Or depuis l’indépendance du pays (le 1er janvier 1960), le pouvoir central s’applique à faire émerger une citoyenneté commune qui est censé faire abstraction de la diversité ethnique. Adolphe Minkoa She note que cet effort a été appelé la « mystique de l’unité nationale ». L’Etat s’efforce d’inculquer à ses citoyens qu’ils sont Camerounais avant que d’être Bamiléké, Beti, Bassa ou encore Sawa. Mais dans la pratique, Adolphe Minkoa She fait remarquer que les Camerounais réagissent d’abord à leur allégeance ethnoculturelle au détriment de leur allégeance à l’Etat.
Une telle situation invite à réfléchir sur une autre forme de citoyenneté plus adaptée à ce contexte.
Des politiques et des juristes estiment que la protection des minorités est une remise en cause de l’unité nationale, pire, elle serait source de déstabilisation pour le pays. Adolphe Minkoa She soutient la thèse opposée, à savoir que la reconnaissance et la protection des minorités ne portent pas préjudice à l’unité nationale et à l’égalité des citoyens : « il faut traiter mêmement ce qui est semblable et différemment ce qui est dissemblable ». Il est possible de concevoir une forme de citoyenneté pluriethnique qui n’aurait pas pour conséquence la rupture de l’égalité entre les citoyens. Une égalité différentielle est envisageable, elle est même souhaitable car elle permet d’éviter la marginalisation des minorités.
Pour Adolphe Minkoa She, cette autre vision de la citoyenneté peut se prévaloir d’une légitimité certaine. En droit comparé, on constate que beaucoup de constitutions ont pris en considération le droit des minorités. Et le Cameroun est allé dans ce sens en adoptant la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 qui énonce que l’Etat assure le droit des minorités et préserve le droit et les valeurs traditionnelles des populations autochtones. Les partisans de la citoyenneté pluriethnique peuvent également s’appuyer sur le droit international. La Commission africaine des droits de l’Homme se positionne pour cette reconnaissance car elle estime que cela permettrait d’éviter certains conflits ethniques.
Lorsque cette nouvelle forme de citoyenneté sera reconnue, ce qu’espère Adolphe Minkoa She, les pouvoirs publics auront le devoir de prendre des dispositions pour sensibiliser les citoyens.

