Monica Pinto : le bicentenaire des Constitutions en Amérique latine
Monica_Pinto : le bicentenaire des Constitutions... par Spidh-Org
Monica Pinto est avocate, docteur en droit et doyenne de la faculté de droit de l’Université de Buenos Aires. Elle coordonne le programme sur les droits de l’Homme de cette université. Elle a également travaillé en tant qu’experte des Nations Unies à l’évaluation de la situation des droits de l’Homme au Guatemala de 1993 à 1997 et au Tchad de 2004 à 2005. Depuis 2006, elle participe à un groupe de travail qui conseille le Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’Homme en matière de coopération technique.
Au 4ème Forum Mondial des droits de l’Homme de Nantes, Monica Pinto est venu parler du bicentenaire des Constitutions en Amérique latine et de la place importante que les droits de l’Homme occupent au sein de ces Constitutions.
En 1810, lors de l’émancipation des anciennes colonies d’Amérique, les nouveaux Etats ont rédigé leur Constitution en s’inspirant du patrimoine juridique et culturel européen. Selon Monica Pinto, une véritable « migration juridique », de l’Europe vers l’Amérique latine, s’est produite lors de ce moment constitutionnel. Les Etats d’Amérique latine se sont notamment inspirés de la philosophie européenne des Lumières. Les droits constitutionnels (libertés publiques et droits individuels) se sont encore enrichit au début du XXème siècle grâce à l’élan donné par la Révolution mexicaine.
Dans la seconde moitié du XXème siècle, l’Etat de droit a connu un moment de repli dû à la corruption, devenue plus importante, et à l’alternance constitutionnelle entre l’état de droit et l’état de non droit. C’est la période des dictatures militaires qui ont produit systématiquement des violations des droits de l’Homme.
A partir de la fin des années 1980, commence le mouvement de la « justice transitionnelle ». Les Etats, débarrassés de leur gouvernement militaire, ont la volonté de se doter d’une administration plus juste et de renforcer leurs institutions. La plupart des traités internationaux des droits de l’Homme (les Pactes internationaux relatifs aux droits civils et politiques et aux droits économiques, sociaux et culturels) ont été ratifiés à ce moment là. De même, les Etats ont ratifié la Convention de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme. En ratifiant ces Conventions, les Etats ont procédé à des modifications constitutionnelles.
Aujourd’hui dans les Etats d’Amérique latine, il n’est pas rare de voir les traités des droits de l’Homme primer sur la loi nationale. Monica Pinto estime qu’en Amérique latine, la conscience en ce qui concerne les droits de l’Homme est plus mûre que partout ailleurs.
L’avocate argentine conclut son intervention sur une note positive. Le droit n’agit pas d’une façon magique. Mais il rappelle à ceux qui ont commis des crimes qu’ils ne sont pas à l’abri d’être traduits en justice, ce qui est arrivé au général Pinochet, extradé de Grande-Bretagne. Le droit a un pouvoir pédagogique. Il est un avertissement de grande qualité.

