Jean-François Kahn
journaliste, écrivain et homme politique, fondateur et ancien directeur des hebdomadaires L’Événement du jeudi et Marianne, fondateur et animateur du Crréa / Centre de réflexion et de recherche pour l’élaboration d’alternatives (France)
Limiter la liberté d’expression, c’est éteindre la lumière
« Tout pouvoir a tendance à vouloir contrôler l’information et limiter l’indépendance, le pluralisme et la liberté. Il ne se l’avoue pas et peut-être même il arrive en place en pensant qu’il n’est pas question de limiter cette liberté, mais dès qu’il est confronté à des difficultés, il tend vers plus d’autoritarisme en se persuadant qu’il agit pour le bien du pays.
Il est tout à fait normal pour un Etat autoritaire de vouloir contrôler l’information. Pourquoi ? Tout simplement parce que contrôler l’information c’est éteindre la lumière et le crime ne peut pas être commis en plein jour. Si les gens avaient vu ce qui se passait en Algérie, le gouvernement français aurait été obligé de mettre un terme à cette guerre beaucoup plus tôt. Le seul fait de parler de cette guerre dans ce qu’elle était réellement aurait provoqué une insurrection, une grande colère.
La situation actuelle est paradoxale : il y a eu une très grande amélioration. Lorsque j’ai commencé mon travail de journaliste, la profession ignorait la déontologie. Aujourd’hui, la question est posée. Il y a une prise de conscience de la part des rédactions de certains problèmes moraux. Mais, si à l’époque de mes débuts, vous aviez un problème de déontologie, vous pouviez disposer néanmoins de plus d’une dizaine de journaux de confessions et de tendances différentes. Alors qu’aujourd’hui, toutes ces sensibilités ont disparu. Trois grands journaux, sensiblement les mêmes, font l’actualité et façonnent l’opinion. »

